Foi et lumière

Foi et lumière

 « Je suis venu à l’église. Je cherchais quelque chose avec mon appareil photo. Soudain, j’ai entendu quelqu’un murmurer. J’ai trouvé une belle vieille femme aux cheveux blancs, occupée à lire la Bible.
Quelle scène paisible ! J’ai pris une photo. Le son clair de l’obturateur dans l’église silencieuse semblait extra fort.
J’ai été impressionné par l’église solennelle.
A partir de là, j’ai cherché les petites églises dans la campagne de Guangdong. J’espère ainsi refléter l’esprit de « la Grande croyance en ces petites églises ».
Alex Xiao

Documentaire

 

Exploration d’une rue africaine en Chine par le photographe Li Dong

 

 

Par le Dr Li Zhigang, professeur d’études urbaines et de l’aménagement du territoire à l’Université nationale de Sun Yat-sen.

 

 

Avec une croissance économique sans précédent et des communications plus fréquentes avec le monde, la Chine attire un grand nombre d’immigrants internationaux. Historiquement, « voyager vers l’Asie du Sud-Est » ou travailler à l’étranger était le rêve de beaucoup de Chinois qui partaient à l’étranger, en Europe ou en Amérique du Nord. Mais maintenant, « le flux d’immigration vers la Chine » est de plus en plus évident, notamment à Guangzhou, la deuxième ville natale de Li Dong.

 

Guangzhou, avec sa vieille tradition de commerce international et en tant qu’«usine du monde» avec ses produits à prix très bas, attire entre 200 000 et 500 000 africains, qui vivent et font du business ici. C’est comme cela que la ville a vu émerger la célèbre «rue africaine» nommée Baohanzhi Street. Cette rue, très fréquentée par des gens qui arrivent ou qui partent, est située dans le district de Yuexiu, l’un des plus anciens quartiers de Guangzhou. C’est non seulement le lieu le plus cosmopolite de Guangzhou, mais aussi du monde. Ici, même le propriétaire de la boutique de melon dit qu’il vend le melon le moins cher du monde. Et la raison pour laquelle Li Dong a choisi la rue de Baohanzhi pour faire ses photos est son «internationalisation» – centre névralgique des Africains à Guangzhou.

 

Le moment le plus animé dans la rue Baohanzhi se situe entre 16h et 3h du matin. La nuit, les cabanes entourées de magasins font de la rue, un passage très dynamique et peuplé. On y rencontre alors des Africains qui se promènent dans les marchés, boivent de la bière et bavardent dans la rue. Ils profitent d’une vie nocturne colorée, dans le sillage de la Chine actuelle urbaine et multiculturelle. Quelques heures plus tard, le matin, les gens doivent aller au travail et ou à l’école, la rue redevient aussi calme que si elle n’était pas encore éveillée.

 

Pour Li Dong, cela a été difficile de prendre des photos des Africains, dans la mesure où ces derniers font très attention à la protection de leur vie privée et tiennent particulièrement à être décrit de manière positive. Afin de prendre le plus de photos possible, Li Dong a emménagé dans une chambre de 5m2 située dans la rue Baohanzhi. Il a tissé des liens avec son voisin Molly. Après être devenu amis, Molly a confié à Li Dong ses problèmes, tels que la question des visas, comme beaucoup d’autres Africains qui, ayant des problèmes similaires, choisissent de rester à Guangzhou en tant qu’immigrants illégaux. Grâce à Molly, Li Dong a été intégré par la communauté africaine. Il a bu de la bière et bavardé avec eux dans la rue. Il s’est donc servi de cette intégration pour se promener avec son appareil photo. Les habitants étaient réticents au début, mais progressivement, ils se sont habitués à son travail photographique. Dans la zone commerçante et dans la rue, Li Dong est parvenu à éviter les malentendus en souriant ou en expliquant sa démarche. Et puis il a vécu et travaillé dans cette rue pendant deux ans.

 

Entre mars et avril 2014, l’exposition de photos intitulée « La rue africaine de Guangzhou » sur le thème de «l’intégration» a eu lieu dans une galerie à Guangzhou. Cette exposition a couronné les deux années de travail de Li Dong. Le photographe prête beaucoup d’attention aux flux d’immigration à des moments différents de l’Histoire. Il est évident que la vie n’était pas facile pour les immigrants africains, en tant que principale minorité dans la rue. Li Dong a expliqué que jusque là, il avait plutôt l’habitude de prendre des photos romantiques et artistiques avec des thèmes tels que l’eau. Mais maintenant, il a tourné son attention vers la photographie documentaire. Par rapport à la photographie artistique qui met l’accent sur ​​la beauté, la photographie des modes de vies appelle plus à la réflexion. La série sur les Africains dans les rues de Guangzhou est le résultat de ce parti pris. Il y a beaucoup de sujets appelant à la réflexion  dans la Chine actuelle.  Nous vivons une époque où le photographe peut raconter une histoire. Tant de sujets peuvent être mis en lumière au travers des images.

 

Li Dong fait valoir qu’un bon sujet devrait comprendre trois aspects: d’abord, il devrait s’intéresser aux enjeux du monde moderne; deuxièmement, il devrait se préoccuper des questions sociales; troisièmement, il doit avoir une valeur scientifique. Le sujet des Africains comprend les trois aspects. Par rapport aux études universitaires, le travail photographique est plus facile à comprendre. Il peut attirer plus facilement des spectateurs de différents milieux et faciliter le débat au sein de la société toute entière. Lors de l’exposition des Africains à Guangzhou le 27 mars dernier, Li Dong a organisé un séminaire interdisciplinaire réunissant des journalistes, des universitaires, des photographes et les habitants de la rue. J’étais présent. Pendant le séminaire, de nombreux points de vue ont été exprimés sur des problématiques différentes.

 

Lors du séminaire, Li Dong a déclaré : « Je ne suis qu’un photographe, pas un spécialiste en sociologie. Par conséquent, je ne peux juger de ce sujet que de manière instinctive, à travers ce que mes sens m’ont fait ressentir, et présenter la vérité. ». Contrairement aux études universitaires, la photographie documentaire peut intéresser plus de personnes. Savants et public de non initiés peuvent échanger ensemble et ainsi prêter attention à des problématiques sociales qui ont été négligées ou cachées. En tant que tel, je crois que des travaux tels que « La rue africaine » de Li Dong permettent non seulement de capturer un moment important dans l’histoire, mais également de changer le cours de l’histoire et de la rendre meilleure.

Exposition
Du 26 septembre jusqu’au 6 octobre inclus
Centre Sèvres,  35 bis Rue de Sèvres 75006 / Métro Lignes 12 et 10 « Sèvres Babylone »
du  lundi au vendredi, de 8h30 à 20h00 / Samedi : 9h00 à 19h00